Le coupage d’un vin, une notion dépassée et péjorative

 

Si le coupage d’un vin a toujours existé, il n’est guère synonyme d’assemblage de même qu’il s’avère unanimement considéré comme un mot péjoratif.

La branche viticole valaisanne, à l’égale de son canton, a vécu des périodes fastes, mais aussi difficiles. À l’arrivée du phylloxéra en 1916, succéda un renouvellement complet de notre vignoble. A la surproduction des années 1982 et 1983, succéda une profonde remise en question débouchant sur la création des AOC courant 1991.

La filière a également réussi à traverser de nombreuses autres crises en raison d’anticipations bénéfiques rarement révélées puisqu’à l’égal de nos médias, l’on ne parle jamais du nombre d’avions qui traversent notre espace, mais de ceux qui en tombent.06-article-2013

Deux décennies se sont écoulées depuis la dernière grande crise, deux décennies d’efforts, d’innovations et de succès qui désormais s’essoufflent. Dans son étude intitulée « stratégie vitivinicole valaisanne à l’horizon 2015 » ; une étude préfacée par Monsieur le Conseiller Jean-Michel Cina, et réalisée courant 2009 par une équipe d’experts dirigée par le Pr. Bernard Catry, il est clairement réitéré ce qui avait déjà été démontré à la création des AOC : « notre canton ne peut s’en sortir qu’en optant pour la stratégie de montée en gamme tout en valorisant le travail du vigneron par opposition à une stratégie de volume et de prix bas ».

Cette étude révèle ce que nombre d’entre nous constatent amèrement : on trouve au même point de vente des appellations de cépage à CHF 7.—et à CHF 14.—la bouteille, les deux bénéficiant de l’appellation AOC. Cette étude se voit désormais rattrapée puisqu’il nous suffit de taper sur Google image « action Arvine » et vous verrez apparaitre une pub avec une Arvine AOC Valais à 7,45 probablement coupée à 15%. Avec son Ordonnance sur la Vigne et le Vin, le canton du Valais autorise un coupage à hauteur de 15% pour certaines appellations faisant référence à un cépage.

Le maintenir relève non seulement d’un anachronisme évident, mais ruine les efforts de ceux qui tirent la branche vers le haut, car celui qui veut créer une spécialité composée d’une Petite Arvine et d’un autre cépage peut procéder de l’assemblage et intituler son vin d’un autre nom. Il est désormais temps de remettre l’ouvrage sur le métier car ce n’est pas le coupage, ni l’usage d’un AOC trop généralisé et encore moins la pratique d’une promotion inappropriée qui nous permettra de récupérer les marchés perdus.

 

2013, journal Le Confédéré, Gillioz