Le bal des promesses

 

Peu adepte des arts divinatoires et des croyances exotiques, il m’arrive occasionnellement d’y faire référence lorsque cela me plait. En janvier 2013, je terminais mes tâches de décembre 2012 or comme chacun le sait, la nouvelle année se veut toujours source de nouvelles résolutions et de nouveaux projets, mais comment y parvenir si les précédents engagements ne sont pas achevés. Le calendrier chinois fut ma planche de salut puisque sa nouvelle année ne devait débuter qu’au 10 février 2013.

Douze mois plus tard, qu’en est-il ? J’ai certes un peu moins de retard et ce calendrier chinois m’est toujours aussi étranger. Pour le surplus, il nous était annoncé une année de sagesse, de culture, de réflexion et de créativité, mais qu'en a-t-il été? Un bref regard par-dessus mon épaule suffit à me laisser dubitatif. Certes, un adepte de l'un des 150 modes divinatoires répertoriés dans Wikipédia pourrait s'en satisfaire. Madame Teissier y relèverait probablement que l'accord commercial sino-helvétique réalisé est un signe, mais les faits sont têtus, la sagesse n'a pas gagné notre monde et la créativité a plutôt été du côté de la NSA.

Finalement, chacun peut avoir sa vision de l’année 2013, chacun peut se faire son propre cinéma. Dans le mien, j'ai décidé de projeter mon interprétation de la dernière embrouille de notre Doris nationale. Un esprit maléfique selon certains, une ensorceleuse cachée sous les traits d'une femme charmante selon les autres. Quoi qu’il en soit, le Valais n’a pas fini de souffrir avec cette reine de l’esbroufe. Elle est si forte que même son propre camp n’affiche qu’une rébellion de principe.

En septembre, à l'entrée de mon cinéma, l'on pouvait y voir la bande-annonce suivante:

Vous avez aimé "Le diner des cons" de Francis Weber, vous aimerez la nouvelle série
"Le bal des promesses à 100 francs" de Doris Leuthard.

Eh oui, depuis l'arrivée du cinoche dans nos campagnes reculées, l'on nous sert des comédies plus hilarantes les unes que les autres. Après la Lex Weber, la LAT dans la figure, l'autoroute du Désir, la R3 pour les nuls voici donc "le bal des promesses à 100 francs". La recette est toujours la même, l'on vous fait miroiter quelque chose, mais l'on vous offre autre chose.

2014 - année du cheval de bois
2014 - année du cheval de bois

Dans ce film, notre Doris nationale nous annonce d’entrée sa couleur. Une prise en charge de 47,5 km de routes cantonales devant représenter une économie annuelle de 21 millions pour notre Canton. Certains élus ne s’y sont pas trompés, mais la reine de l’esbroufe leur a tiré les cartes et fait miroiter la boule de cristal. Beaucoup n’y virent que du feu croyant apercevoir la source aux millions.

Telle une pellicule déroulée précautionneusement, le film vous apprend que des données vous ont été occultées : 8 millions réservés à l’entretien des tronçons vont demeurer à notre charge de même que 6 millions de subventions vont disparaître. Eh oui, une subvention fédérale liée à un kilométrage donné se voit réduite lorsque ce même kilométrage se voit lui-même réduit (47,5 km). Ajoutons à cela que des 14,5 millions encaissés en Valais par le biais des CHF 60.-- d’augmentation de la vignette, nous n’aurions obtenu qu’une faible ristourne de 2 à 3 millions. Inutile donc de vous faire sortir la calculette, il ne s’agissait que d’une opération blanche, ou, si peu. La conclusion vous aurait, une nouvelle fois, démontré la faculté de Doris à nous reprendre ce qu’elle nous offre d’une main.

En définitive, l’année 2013 n’aura guère laissé de place à la sagesse ; mais pour ce qui est de la réflexion et de la créativité je crois qu’on peut faire confiance à Doris, voire même à ses vassaux locaux pour la préparation du millefeuille traitant de l’aménagement du territoire ou pour enterrer les sujets qui fâchent.

Vous l’aurez compris, j’adore susciter le débat et si je suis satisfait de la réactivité entrepreneuriale de la Suisse, je suis déçu de la perte d’efficacité de notre système politique. Le consensus et l’intérêt commun ne semblent

 

2014, journal Le Confédéré, Gillioz