Je suis un kafir et je ne kiffe pas les extrémistes

 

Au jour des attentats, personne n'émettait la moindre réflexion, la moindre interrogation, l’heure était à la désolation, nous étions tous Charlie. Emmenés par les gouvernements et les médias, l'on ne pouvait que manifester notre empathie à l’égard de nos voisins français. La réaction s’avérait légitime, les djihadistes avaient tenté de détruire un symbole de la liberté d'expression. Désormais la fièvre est tombée. Demeure dès lors à comprendre et prévenir ce genre de drame or je crois que rien ne va aller de soi ; chaque État pare au plus pressé sans véritable volonté d’en traiter les causes.

Aujourd’hui, nous ne comprenons toujours pas le geste du meurtrier de St-Léonard, pas plus que celui du tueur de Daillon. Nous nous étonnons de voir tant de jeunes candidats au djihad au même titre que nous sommes effarés de voir un automobiliste s’enfuir après avoir renversé un piéton.

La France annonce qu’elle est en guerre contre le terrorisme, mais de quel terrorisme parle-t-on ? En France nous avons plus de meurtres liés aux règlements de comptes à Marseille que d’attentats notamment commis par des djihadistes français.

Charlie Hebdo augmente son tirage à 7 millions d’exemplaires ; il se voit diffusé puis interdit dans de nouveaux marchés. Hier, Charlie Hebdo défendait, en France, la liberté d’expression. Aujourd’hui Charlie Hebdo veut exporter sa liberté au reste du monde or si un pays considère que l’on ne caricature pas Mahomet, Charlie Hebdo n’a pas à lui imposer son interprétation. La liberté des uns s’arrête où commence celle des autres, car comment exiger que celui qui vient chez moi adopte ma culture si je veux lui imposer la mienne lorsque je vais chez lui ? Au même titre, lorsque le recteur de la grande mosquée de Paris appelle sa communauté à la retenue, il devrait compléter son discours en insistant sur le fait que ceux qui n’acceptent pas les caricatures de Mahomet doivent dégager du pays puisqu’ils ne s’intègrent pas. 06-article-2015

Notre focalisation sur les groupes terroristes tels qu’Al-Qaïda, Boko Haram ou l’EI ne serait-elle pas de nature à cacher le malaise d’une société qui a perdu ses repères ? Je serai le premier à me réjouir de la disparition d’Al-Qaïda, de Boko Haram et de l’EI mais la problématique des djihadistes locaux se devra d’être essentiellement traitée sur notre territoire et par nous tous.

On entend souvent parler de multiculturalisme or c’est de multiethnisme que l’on devrait parler. En suisse nous aimons à parler des différences entre Romands, Tessinois et Alémaniques or vue de l’extérieur la Suisse n’est ni la France ni la Belgique. La Suisse est constituée de valeurs communes et c’est notre identification à ces valeurs qui font de nous des Suisses. Lorsqu’en France, des jeunes peuvent justifier des meurtres parce que dans leurs valeurs, l’image du Prophète est ce qu’il y a de plus sacré, cela veut dire que ces jeunes sont totalement étrangers aux valeurs de la France.

Lorsque mes aïeux se sont installés dans la plaine du Rhône, ils durent adopter les valeurs locales pour se voir acceptés. La première génération, à l’identique des Italiens arrivés quelques siècles plus tard, a probablement subi de nombreuses frustrations. Cette première génération savait qu’elle n’avait d’autres choix que de s’intégrer. Elle n’y parvint peut-être jamais totalement, mais elle fit tout pour que sa descendance soit totalement intégrée.

De manière générale, notre pack de valeurs helvétique passe par des droits et des devoirs. De manière générale. Il faut d’abord donner et s’intégrer avant de recevoir.

Comprendre nos problèmes par le biais de cette simple remarque me paraît utile. Lors des attentats français, des voix s’étaient manifestées pour demander de cesser toute caricature de Mahomet. Nos voisins devraient-ils sacrifier leurs valeurs pour calmer les personnes non intégrées ? À Lausanne l’on va supprimer la viande de certaines cantines scolaires pour satisfaire les végétariens. À Genève l’on va supprimer le porc dans les cantines scolaires pour s’adapter aux nouveaux venus. Tiens, là c’est l’inverse, c’est nous qui nous intégrons !

Devrais-je, au nom de la liberté, accepter qu’une population s’installe chez moi sans que celle-ci ne cherche à véritablement s’intégrer ? Devrais-je accepter que cette même population vive en communauté séparée ? Devrais-je accepter que cette communauté veuille créer une crèche pleinement dévouée à une langue et des préceptes religieux qui n’intègrent pas nos valeurs ?

En réalité nos problèmes ne relèvent ni de la langue, ni de la religion, mais bel et bien de la volonté de tout un chacun d’intégrer et de respecter nos valeurs. Nous devons cesser de laisser croire que celles-ci sont négociables.

Dans le cadre du tir de police dans le tunnel de l’A1, le policier a eu autant de tracas que la terreur lyonnaise. Dans le cadre de l’attaque à main armée d’un bureau de change genevois, un policier a également dû se défendre d’une plainte d’un des assaillants.

Avec une telle attitude, je peux comprendre que nos jeunes perdent leurs repères et de là à penser que leurs conneries découlent de cette perte de connaissance et de respect de nos valeurs, c’est un pas que je franchis. Nos petites ou grandes frappes, nos criminels et nos djihadistes sont de fait des personnes non intégrées ou exclues et le fait de toujours vouloir leur trouver une justification à leurs méfaits au détriment du lésé abandonné n’est pas pour arranger les choses.

Il appartient à notre génération de préparer la prochaine à s’assumer.

 

2015, journal Le Confédéré, Gillioz