Venezuela – Le dernier souffle de la méthode Chavez.

 

Il n’y a guère plus de 2 ans, notre révolutionnaire national, à savoir Jean Ziegler, par ailleurs grand ami des défunts Chavez et Kadhafi, mais aussi de Laurent GbaGbo, prochainement jugé par la cour pénale internationale, nous affirmait encore ceci : « Nous avons assisté à une institutionnalisation de la révolution bolivarienne. Les transformations visibles du Venezuela le sont également au niveau de la conscience collective. Chavez laisse derrière lui un parti et des institutions solides. La révolution va se poursuivre. » Or qu’en est-il ?

Oui, Chavez a développé les »missiones » ces officines sociales chargées de délivrer des soins médicaux gratuits ; oui il a lutté contre la sous-alimentation et l’analphabétisme. Oui, il a créé l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba), une sorte de marché commun, mais qu’en est-il vraiment et qu’en reste-t-il 2 ans après l’arrivée de son dauphin désormais déchu, Nicolas Maduro ?

Nicolas Maduro, le syndicaliste devenu président (source photo A Verdade)

Aujourd’hui, chacun sait que le système Chavez se finançait essentiellement par les revenus du pétrole. Il s’appuyait également sur des nationalisations dont certaines n’ont jamais été véritablement compensées à l’exemple de la filiale de l’entreprise de ciment Holcim qui n’a été dédommagée qu’à hauteur de 40% des 650 millions prévus. À l’autre bout du système, l’on y trouve également des investisseurs lésés à l’exemple de la Chine pour un prêt de 800 millions d’Euros destinés à la construction d’une usine d’électroménager qui n’en est qu’à ses balbutiements alors que le pactole a fondu.

En réalité, le régime Chavez n’a jamais fonctionné sur un système de productivité, se contentant de maintenir aussi longtemps qu’il a pu pratiquer d’une redistribution orientée vers ceux qui le soutenaient, s’alliant ainsi une frange de la population pour museler l’opposition.

Désormais, c’est l’heure du bilan et celui-ci s’avère désastreux. Au niveau international, l’Alba se devait d’être un outil au service des pays partenaires. Or, l’on se doit de constater qu’il s’agit essentiellement d’un outil géostratégique au service du Venezuela. L’insuffisance des investissements dans des domaines tels que l’industrie pétrolière, pourtant composante essentielle de cet état, conduit désormais à des paralysies désastreuses. En octobre 2015, le président Maduro tentait de détourner pour la énième fois les regards en parlant de sabotage suite à une gigantesque panne des raffineries d’Amuay et Cardon. L’industrie pétrolière vénézuélienne n’est désormais que l’ombre d’elle-même, elle n’est plus rentable ; pire, le pays importe désormais du pétrole.

En raison d’un manque d’investissement, l’économie vénézuélienne se retrouve en totale perte d’efficacité. Le pays souffre d’un déficit budgétaire dépassant les 20% du PIB ; sa dette a été multipliée par 10 entre 2003 et 2013. Alors qu’il se retrouvait avec une inflation déjà forte de 19,9 % en 2012, celle-ci navigue maintenant autour des 100%.

L’économie vénézuélienne souffre également d’un autre mal, la parasitose. En effet, son voisin cubain a bien su profiter des faiblesses des révolutionnaires vénézuéliens pour s’implanter profondément dans les structures de ce pays. Cuba fait usage du pétrole de son voisin à raison de 100'000 barils/jour. Pétrole que celui-ci paie à raison de 3,9 milliards d’euros en services professionnels (administration, santé, etc..). Une récente étude démontrait que chaque service se voyait payé à hauteur de 100'000 euros annuels soit près de 27 fois le salaire moyen d’un médecin vénézuélien.

Aujourd’hui, le mouvement chaviste a perdu les élections, Nicolas Maduro prétend que la guerre économique a triomphé ; il se dit porteur de la démocratie alors que son pays n’adhère plus à la Convention américaine des droits de l’Homme. La Cour interaméricaine des droits de l’Homme lui ordonne de rendre à la chaîne de télévision Radio Caracas TV la fréquence qui lui avait été retirée en 2007.

Serait-ce le chant du cygne de la méthode Chavez ? Il est une évidence ; ce président n’aura pas eu de peine à faire vaciller son image. En 2015, la presse mondiale ne manquait pas de titrer, je cite : « La guerre du papier de toilette sévit au Venezuela » et « Au Venezuela, la baisse du pétrole fait flamber les prix des préservatifs ». Maduro a bien tenté de détourner l’attention en fermant sa frontière avec la Colombie et en annonçant vouloir accueillir 20'000 réfugiés syriens, mais rien n’y fit, le peuple n’y croyait plus.

Finalement l’on pourrait en déduire que ce pays aux ressources multiples, mais sans cycle productif n’aurait guère d’avenir avec de tels dirigeants qui, par ailleurs, ont perdu les élections or c’est sans compter sur le rôle de l’armée, les appétits de la Chine et les intrigues pouvant conduire au coup d’État.

Maduro avait commencé son mandat sur un lapsus en déclarant « Nous nous multiplierons comme le Christ a multiplié les pénis … pardon, les pains.» (Version originale Penes et panes en espagnol). Cet ancien syndicaliste n’a pas la compétence de redresser son pays, mais celle d’occuper l’actualité de l’année, c’est certain !

2016, journal Le Confédéré, Gillioz