St-Léonard au milieu du monde

Au lendemain du drame survenu à St-Léonard, j'en apprenais son déroulement de la voix même d'habi­tants du village. Les éléments évoqués me permirent de mettre en lumière certains aspects du meurtrier. Celui-ci avait fait partie d'une bande identifiée par la police en 2010.

Tels des flashs, me revinrent à l'esprit, divers articles traitant du sujet. Une rapide recherche confirma mes impressions. Des titres comme «les folles ambi­tions des bandits de Sion», «une mafia valaisanne déman­telée» ou «les méfaits et les folles intentions d'un groupe de jeunes» m'avaient interpellé.20-article-2011

attaque du McDo

Tout commença par de petits larcins puis des vols et enfin une agression directe sur le gé­rant du McDonald de Sion. Peu après leur interpellation, il s'en trouva un avocat pour dire qu'il s'agissait de gamins ayant vi­sionné trop de films. Un autre abonné du barreau alla même jusqu'à déclarer, je cite : «Nous n'avons pas affaire à la bande à Bader, en faire un procès pour cela relève du gaspillage de l'argent public». Que dire des affirmations faites, voire des engagements pris depuis lors dans les prétoires des tri­bunaux ? Que penser des jo­kers offerts au meurtrier ?

l'arme coupable

Une chose est certaine, dans cette nouvelle affaire, Christina Bonvin n'a bénéficié d'aucune chance. Pire, nos journaux ne lui ont guère rendu hommage, ils se sont focalisés sur l'arme comme si celle-ci en était le vé­ritable meurtrier. Christina mé­rite mieux qu'une simple présence dans la rubrique né­crologique. Elle qui, comme de nombreuses femmes battues, avait accusé l'escalier d'être responsable de certaines ec­chymoses. Devons-nous inter­dire les escaliers ?

Nos médias ont, dans un pre­mier temps, essentiellement re­levé la volonté du père du meurtrier de ne plus rencontrer son fils. Ils n'ont analysé que bien plus tard la véritable per­sonnalité de ce triste géniteur. Confronté à pareille situation, j'aurai assumé mon rôle de père sans pour autant pardon­ner la faute.

une étoile dans le ciel

Le responsable du meurtre sera condamné, il effectuera sa peine devant se situer entre 10 et 15 ans, mais qu'en est-il des an­nées perdues de Christina ? 20, 40, voire 80 ans, c'est ce qu'on aurait pu attendre de sa pré­sence. À ce jour, A. aura bénéfi­cié de clémence ; de nombreux jokers lui ont été remis, or ceux-ci ont été prélevés ailleurs ; Christina n'en a eu aucun et j'en ai honte.

Certes, nous autres députés al­lons nous attacher à corriger nos lois, mais celles-ci ne combleront jamais le vide laissé par la perte des valeurs d'une société. À ce jour, une seule chose atténue notre tristesse. Là-haut sur l'alpe, là où naissent les étoiles, il en est une qui se nomme Christina.

 

 

2011, journal Le Confédéré, Gillioz