Nous sommes tous coupables

 

Quand nous serons tous coupables, ce sera la démocratie déclarait Albert Camus or nous sommes en démocratie et nous sommes de fait tous coupable. Mieux, nous entretenons ardemment cette culpabilité et dans le genre il n’y en a point comme nous.

Yen a point comme nous chantait Jean Villard Gilles, mais y en a toujours point comme nous devrions nous dire.

Le congrès juif mondial nous accusait d’avoir spolié des sommes astronomiques ; nous avons rapidement affiché notre culpabilité, nous avons revisité notre mémoire, refait nos livres d’histoires, restitué les sommes découvertes, mais aucun autre pays n’aura fait la même démarche et la plupart des gens spoliés se sont finalement fait gruger.02-artilce-2012

La grande lessive

A l’époque des grands scandales de blanchiment, nous étions à nouveau en point de mire. Nous avons mis en place l’une des lois les plus astreignante en la matière. Les autres pays en sont restés à la réflexion, le blanchiment international n’a guère diminué. À long terme la population ne retiendra qu’un cliché supplémentaire conforté par un livre à charge : La Suisse lave plus blanc.

L’argent des dictateurs

Après l’argent du blanchiment, ce fut le tour de l’argent des dictateurs. Eh oui, nous avons toujours été adeptes de la propreté. Une nouvelle culpabilité, de nouvelles modifications législatives et c’est fait, l’on a donné satisfaction aux adeptes de l’auto flagellation. En 2011, lors de la chute de certains hommes d’État que nos voisins louaient il y a peu, il ne nous aura fallu que quelques heures pour faire l’inventaire des sommes placées dans nos banques. Nous n’en aurons découvert que quelques dizaines de millions, le reste, les centaines sont ailleurs.

Le paradis fiscal

Depuis la crise des subprimes, c’est toute notre place financière qui en prend un coup. L’argent déposé devient argent volé, argent frauduleux comme si tous les services d’impôts des pays développés découvraient la calculette. Peer Steinbrück, l’ancien ministre des finances allemand nous qualifiait d’Indiens qu’il lui faut soumettre au fouet. Il se contentera finalement de participer au complot qui nous mit sur la liste noire de l’OCDE. Eh oui, nous étions devenus un paradis fiscal, nous le sommes toujours d’ailleurs puisque nous figurons encore sur la liste grise. De telles déclarations tout comme bien d’autres encore, adressées à des États comme Israël où les États-Unis auraient pu valoir une rupture diplomatique. Mais non, chez nous, l’on encaisse où plutôt l’on apprécie, quitte à en rajouter une couche comme l’ont fait certains élus de gauche.

À ce petit exercice de la culpabilité, nous sommes passés maitres. Nous la cultivons, nous l’entretenons et si cela faiblit, nous avons toujours quelques écrits, quelques films pour nous le rappeler périodiquement.

 

2012, journal Le Confédéré, Gillioz