Rio 1992 – Et après ?

 

Des cinq sommets de la Terre organisés par l’ONU, nous avons tous en mémoire celui de 1992. Le sommet de Rio réunissait pas moins de 178 États. Il s’achevait par la promotion d’une foule de résolutions relevant notamment de la pollution de l’air, de la désertification, de la gestion de l’eau, des déchets, etc. L’on parlait désormais de développement durable.

20 ans plus tard, qu’en reste-t-il ? La Suisse a fait de son mieux, nombre d’intentions ont été suivies d’actions. Les objectifs n’ont pas été atteints, mais le pas a été fait, nous sommes d’ailleurs les rois de la culpabilisation dans notre gestion des accords. Nous cultivons une telle naïveté qu’il nous est imon de respecter leurs engagements ; qu’il s’agisse de l’agenda 21 ou des résolutions qui l’accompagnent. Rio 1992 est mort et Rio 2012 n’aura accouché de rien du tout.  

Prenons l’exemple du Brésil, pays organisateur du sommet, mais également pays champion de la déforestation. Lorsque l’on sait que près de la moitié des forêts tropicales se situent en Amazonie et qu’avec ses 400 000 millions d’ha, le Brésil dispose de la plus grande partie, l’on peut imaginer l’impact que peut avoir sa politique forestière sur notre planète. Entre 1978 et 1988, le Brésil a détruit près de 20 000 km2 par année (l’équivalent d’une Slovénie par an). Après le sommet de Rio, ce chiffre est tombé à 15 000 km2/an jusqu’en 1994, puis est remonté en flèche pour atteindre les 29 000 km2/an soit l’équivalent de la surface de la Belgique par année. À l’inverse, en Suisse, nous en sommes à devoir nous pencher sur le contrôle de l’extension des forêts. Les politiques n’en parlent guère, mais le sujet commence à poser des problèmes. De 1985 à 2006, la forêt suisse a augmenté de 8% soit 100'000 ha.

En matière de CO2, la Suisse, la France et l’Allemagne ont de la peine à respecter les accords de Rio, mais les taux sont en baisse alors que le Brésil a doublé son émission sans parler de la chine qui n’est pas près de maitriser sa courbe ascendante.

Observons cette Chine d’un pe05-article-2012u plus près. Il s’agit d’un pays de près de 1,3 milliard d’habitants, un État en pleine effervescence qui construit à une vitesse que l’on peine à imaginer. Cette croissance dont on doute de sa maitrise génère des choses étonnantes telles que des cités fantômes. Ces constructions gigantesques ne relèvent pas du hasard, elles découlent d’une stratégie, d’une politique urbanistique. La plupart des appartements construits sont vendus et payés parce que les Chinois n’ont pas pour culture de prendre possession d’un bien sans l’avoir payé. Certains observateurs arguent qu’il s’agit d’une bulle immobilière d’autres prétendent que nous sommes face à une anticipation des prochaines migrations internes au pays.

Imaginez la ville d’Ordos, une cité créée de toutes pièces. Sa capacité d’hébergement est de 300 000 habitants alors qu’elle n’en compte que 30 000. La population qui y vit s’occupe essentiellement de sa construction et de son entretien. Bâtie dans une région des plus pauvres il y a peu, elle serait le fruit du subit pouvoir d’achat des habitants de la ville voisine, bénéficiant des fruits des récentes découvertes de gisements de gaz et de charbon. Phénomène intéressant, puisque leurs propriétaires ne cherchent pas à abandonner leur domicile actuel, sis à une trentaine de kilomètres, car pourvoyeur d’emploi.

L’an dernier, un média chinois révélait que 63 millions de compteurs d’électricité du pays n’avaient enregistré aucune activité durant les 6 derniers mois. Le même journal révélait que la chine comptait suffisamment de nouveaux appartements vides pour abriter près de 200 Mio de personnes. Toute proportion gardée, j’imagine qu’en matière d’aménagement du territoire nous n’avons pas toujours été raisonnables, le mitage en est un brillant exemple. De nombreuses communes ont entrepris des corrections. Elles prendront du temps, mais rien ne justifie qu’on nous flagelle autant. La Lex Weber assortie de la nouvelle loi sur l’aménagement du territoire va générer des dommages sociaux importants sans pour autant atteindre l’objectif annoncé. Leurs initiant devraient peut-être migrer au Brésil, en Chine ou en Angola, pays d’un exemple d’aménagement complètement fou.

L’Angola justement, un pays où les compagnies chinoises sont très actives. Pays producteur de pétrole, mais pays pauvre pour ses habitants. L’État angolais s’est octroyé le luxe d’échanger 3,5 milliards de dollars de pétrole contre la construction d’une ville, la ville de Nova Cidade de Kilamba. Une cité pouvant abriter 500 000 personnes. Les 750 immeubles de huit étages qui la composent sont  accompagnés de tous les aménagements utiles (écoles, commerces, etc.). Le tout a été construit par des Chinois en moins de 3 ans. Des 20 000 appartements disponibles seuls, 220 ont été vendus en raison d’un prix guère attractif (120 000 à 200 000$). Vous imaginez bien que même si le PIB par habitant grimpe plus vite qu’il ne me faut pour écrire cet article, il n’est en rien le reflet de la capacité financière d’un Angolais moyen pour lequel un siècle ne suffirait pas pour se payer l’appartement de ses rêves.

Je reviens donc sur nos soucis locaux pour ne guère m’étonner des propositions des verts valaisans. Elles ont un point commun, il n’y a qu’à taxer le citoyen et prendre l’argent dans la caisse parce que parler de financer les mesures d’accompagnement par le budget ordinaire et de nouvelles taxes ne veut pas dire autre chose que cela. 

 

2012, journal Le Confédéré, Gillioz